Un mur pour parler d’intelligence ? C’est le pari relevé par la Communauté urbaine d’Arras. Installé en plein cœur du marché, le mur de l’IA invite les passants à donner leur avis, en quelques minutes, sur un sujet qui façonne déjà notre quotidien. Loin des conférences spécialisées ou des débats techniques, l’expérience se veut simple, visuelle et conviviale : un café, quelques questions claires, et surtout l’envie de créer un vrai dialogue citoyen autour du numérique. Entretien avec Mickaël Audegond, conseiller délégué à la Communauté urbaine d’Arras et initiateur du mur de l’IA.

1 : Dans quel contexte vous est venue l’idée du mur de l’IA ?
« L’idée du mur de l’IA est née lors d’une visite à l’édition 2024 du NEC à Chambéry. L’un de nos objectifs pendant ce déplacement était de repérer des concepts, outils et formats inspirants pour préparer les temps forts de notre future édition du mois du numérique, un mois dédié à l’inclusion numérique. Nous cherchions notamment une action visible, conviviale et participative pour les citoyens, organisée dans un lieu central, un peu à la manière d’une « kermesse ».
Au fil des stands et des pitchs inspirants, notre idée initiale a évolué et s’est enrichie. Nous souhaitions parler de numérique sans recourir directement à des outils numériques, mais en privilégiant un format accessible et chaleureux. Le café s’est imposé naturellement : symbole de convivialité dans le nord de la France, il représente un moment de partage et de discussion auquel chacun est habitué. Et puis, nous avons découvert la démarche nationale Café IA.
C’est dans le train du retour que nous avons relié tous ces fils et façonné le concept : un Café, de l’IA… Le mur de l’IA nous semblait alors à la fois simple, visuel et fédérateur ! »

2 : Comment s’en servir concrètement ? Quelle est son utilité pour une collectivité territoriale ?
« Un mur de l’IA, c’est avant tout un lieu visible, fréquenté et propice à l’échange avec les citoyens. Le principe est simple : aller à la rencontre des habitants dans un espace de passage, tout en gardant à l’esprit qu’ils n’ont souvent que quelques minutes pour s’arrêter et participer. Dans les faits, certains prennent même davantage de temps, preuve que le format suscite l’intérêt.
Pour notre première expérimentation, nous avons choisi un lieu emblématique : le marché d’Arras, au pied du monument préféré des Arrageois. L’idée était de maximiser la visibilité et d’aller directement au contact de la population.
L’animation repose sur quelques questions fondatrices, claires et limitées en nombre : Quoi ? Pourquoi ? Comment ? Avec qui ? Elles posent un cadre simple, donnent du sens à la démarche et permettent d’engager la discussion. L’approche exige une posture de vulgarisation, loin du langage techniciste, afin que chacun puisse comprendre et participer. »
« Dès le départ, nous avons aussi réfléchi à « l’après » : que faire des données recueillies ? Nous avons décidé d’utiliser ces réponses pour évaluer la maturité du territoire sur ce sujet complexe, en intégrant un critère d’âge grâce à un système de couleurs. Cela permet d’identifier des tendances et des variations selon les générations. Un gros travail a été mené sur la formulation des questions : trouver des mots simples mais jamais simplistes, et faire des choix pour éviter de surcharger les habitants.
Enfin, d’un point de vue pratique, nous avons conçu des supports adaptés : des bâches résistantes pour l’extérieur (vent et pluie), mais aussi des formats papier A0 pour un usage intérieur. Le mur de l’IA a ainsi été déployé dans plusieurs contextes : au marché, lors d’une conférence des maires ou encore dans une journée dédiée aux jeunes. Ce format modulable permet de toucher différents publics, sans fragmenter l’analyse globale des résultats. »
3 : Quel retour tirez-vous de cette première expérimentation ?
« Le mur de l’IA a tenu ses promesses : il a su mettre de l’humain au cœur d’un sujet technologique et ouvrir un dialogue citoyen simple, visuel et convivial. Plus qu’un outil de consultation, c’est un levier pour engager la société, apaiser les débats et rapprocher le numérique du quotidien de chacun. Multiplions ensemble ces moments d’échanges, pour que chaque territoire, chaque citoyen, puisse contribuer à façonner un avenir numérique plus humain et partagé. »




