Aïe Aïe IA, le jeu qui met l’IA en débat. Chef de projet inclusion numérique à la Métropole de Lyon, Erwan Le Luron a coordonné la création du jeu Aïe Aïe IA, conçu avec des médiateurs numériques, SiaPartners et le Tubà. Cet outil de médiation, pensé sous forme de jeu de société, permet d’éveiller l’esprit critique autour de l’intelligence artificielle auprès d’un large public. Accessible, modulable et largement adopté par de nombreux animateurs, il illustre parfaitement la force du collectif et l’esprit des communs numériques.

1 : Qu’est-ce que le jeu Aïe Aïe IA, et comment est-il utilisé aujourd’hui par les publics ?
« Aïe Aïe IA se présente comme un jeu de société narratif où les participants incarnent des personnages d’une entreprise fictive confrontée à la question du maintien ou non de l’IA au sein de leur entreprise.
À travers des mini-jeux inspirés de formats connus (comme le Memory ou le jeu Timeline), il invite à débattre de thèmes aussi variés que les algorithmes, les biais, les impacts environnementaux ou les enjeux juridiques. L’essentiel reste le débat final, qui pousse chacun à prendre du recul et à formuler un avis critique.
Depuis sa mise à disposition, le jeu a connu une large diffusion :
- près de 15 000 joueurs déjà sensibilisés ;
- plus de 20 000 vues sur la plateforme des Bases du numérique d’intérêt général de l’ANCT (ressource la plus téléchargée !) ;
- un succès amplifié par une version low cost imprimable, accompagnée de vidéos tutorielles et d’un fascicule pour faciliter la prise en main.
Les retours sont très positifs : le jeu est utilisé aussi bien par des médiateurs numériques que par des enseignants, des collectivités, des associations… et même des avocats qui envisagent une déclinaison professionnelle pour sensibiliser à la compréhension des lois ! »

2 : Dans quel contexte est-il né, et comment s’est déroulée la co-construction avec les médiateurs numériques ?
« Le projet est né en 2023, au cœur de la politique d’inclusion numérique de la Métropole de Lyon. L’objectif était clair : que la métropole devienne une véritable ressourcerie numérique, capable d’outiller les acteurs de l’inclusion numérique des 58 communes du territoire.
Lors d’un forum annuel réunissant près de 300 personnes, un atelier participatif avec 50 médiateurs numériques a mis en évidence un manque criant : aucun outil de médiation n’était spécifiquement consacré à l’IA. Face à ce constat, nous avons lancé une démarche collaborative, débutant avec 8 volontaires issus du terrain.
Deux ateliers de co-design, animés avec l’appui d’une agence spécialisée, ont permis de définir les besoins : la portabilité, le modularité (adapté à des séances de 30 minutes à 2 heures), l’inclusivité des publics très variés, et surtout la démystification de l’IA en abordant des thématiques actuelles. Nous voulions également que le jeu puisse être animé par un médiateur non spécialiste d’IA. La meilleure formule s’est vite imposée : un jeu composé de mini-jeux reliés par une histoire commune et des personnages fictifs, permettant aux participants de débattre en incarnant différents rôles.
Le jeu a ensuite été testé dans un centre social, ajusté à partir des retours des premiers publics, validé scientifiquement par une chercheuse, puis présenté en octobre 2024 lors du forum Rés’in en 2024. Les médiateurs impliqués dans sa création en ont assuré l’animation, renforçant ainsi la reconnaissance et la diffusion de l’outil. »
3 : Quelles perspectives d’évolution ou de mise à jour envisagez-vous face aux transformations de l’intelligence artificielle ?
« L’évolution rapide de l’IA pose naturellement la question de l’actualisation du contenu. Conçu à l’époque de ChatGPT-3.5, le jeu reste pertinent, mais il devra intégrer les nouveautés (nouveaux modèles, génération vidéo, outils d’évaluation environnementale comme Compar:IA). Heureusement, la structure modulaire du dispositif facilite les évolutions : il suffit de remplacer ou d’ajouter certaines cartes pour refléter les avancées. Nous envisageons une logique de mises à jour régulières, comparable à celle d’un logiciel.
Mais au-delà du contenu, l’ambition est plus large :
- ouvrir le jeu à une dynamique communautaire, pour qu’il devienne un bien commun, animé par la communauté, permettant aux utilisateurs de proposer eux-mêmes de nouvelles cartes ;
- consolider le rôle d’Aïe Aïe IA comme bien commun numérique, vivant et évolutif ;
- multiplier les contextes d’utilisation, de l’école aux espaces de formation professionnelle.
En un an seulement, Aïe Aïe IA s’est imposé comme un outil ludique, accessible et profondément citoyen. Son succès confirme une conviction forte : pour parler d’IA, il faut avant tout parler d’humain, de dialogue et de collectif. »




