Directrice des opérations chez Alsace Digitale, une association qui vise à faciliter l’émergence de projets innovants dans le domaine de l’économie numérique en Alsace, Catherine Mosser a piloté le lancement de Cafés IA réguliers portés par l’organisation et un de ses partenaires, Agora Calycé, dans la région. Plus récemment Alsace Digitale a co-organisé le Méga Café IA, le plus festif de France en octobre 2025 avec l’équipe Café IA. Nous la rencontrons pour comprendre leur mise en place, leurs méthodes et leurs motivations.

1 : Pourquoi avez-vous lancé la démarche Café IA au sein de l’association Alsace Digitale ? En quoi a-t-elle répondu à un besoin particulier ?
« Chez Alsace Digitale, cela fait presque quinze ans que nous travaillons sur les enjeux du numérique, d’abord pour accompagner l’innovation, les start-ups et, plus largement, la compréhension sociétale du digital. Nous avons soutenu les entrepreneurs et les entreprises au moment de la révolution numérique, avec ses impacts sur l’emploi et l’innovation. Avec l’arrivée de l’IA, nous avons senti émerger une nouvelle fracture. Les outils évoluent très vite, souvent portés par des acteurs privés, utilisant des données issues de communs, parfois sans l’accord des auteurs. Nous nous sommes alors dit qu’il fallait absolument créer un espace pour en discuter entre nous, afin d’être simplement conscients de ce qui se passe, à hauteur de ce que nous pouvons comprendre.
Lorsque nous avons vu la démarche Café IA se structurer, nous nous y sommes inscrits immédiatement. Nous avons constaté très vite que nous partagions toutes et tous le même besoin : disposer d’un espace pour s’interroger, échanger et confronter des points de vue entre innovateurs, analystes de données, concepteurs de services et utilisateurs. Toute la chaîne de parole était réunie, un véritable terreau fertile. Donc oui, Café IA est arrivé comme une réponse évidente à un besoin réel : comprendre ensemble ce que l’IA transforme. »

2 : Comment s’est déroulée la mise en place de la démarche ?
« Avec Eden, data analyste chez Agora Calycé, une wonderwoman de la médiation IA, nous avons commencé simplement par recueillir des sujets, créer un groupe LinkedIn et y partager des propositions de séances. Très vite, nous avons constaté un réel intérêt. Nous avons multiplié les formats, en nous appuyant sur les ressources fournies par Café IA et en nous en inspirant fortement. Par exemple, nous avons utilisé Microdystopies ainsi qu’un jeu sérieux sur l’IA et les conditions de travail que nous avons présenté avec l’Anact (L’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail). Nous avons également animé des Cafés IA pour les jeunes autour des métiers du futur, et proposé des séances “Faites les devoirs avec l’IA”. Nous avons exploré, testé, expérimenté. Ce fut une année particulièrement riche.
Au sein d’Alsace Digitale, nous fonctionnons avec un petit groupe d’environ trois personnes pour assurer l’animation, puis une vingtaine à une trentaine de personnes impliquées dans l’organisation selon les moments. Au total, environ 250 bénévoles ont contribué à l’animation.
Nous accueillons chaque année environ 100 jeunes de 15 à 20 ans en stage d’observation, et tous passent par ces formats. Nous avons même dédié un service civique uniquement à Aïe Aïe IA, afin que chaque groupe de jeunes puisse vivre l’expérience. Nous avons aussi développé des ateliers d’entraînement d’IA avec les robots Thymio, pour comprendre comment les véhicules autonomes sont formés, ou encore des séances Scratch & IA pour les plus jeunes, où ils entraînent eux-mêmes des modèles via Scratch. Nos bénévoles ont également organisé des Cafés IA dans leurs entreprises, notamment chez Orange. La démarche Café IA s’est rapidement diffusée dans l’ensemble de nos actions, presque comme un réflexe consistant à intégrer un moment de discussion sur les enjeux de l’IA.
Tout le monde est le bienvenu à nos Cafés IA ; c’est pourquoi nous nous efforçons de multiplier les événements et les partenariats afin d’explorer ensemble comment s’orienter face à l’IA, ce qui va changer, et comment s’approprier ces outils. Parallèlement, la moitié de nos séances s’adressent à un public intermédiaire déjà familier de l’IA et de ses usages. Nous avons toujours privilégié un format hybride, avec un esprit « café-comptoir » qui nous tient à cœur : un podcast en direct, des échanges spontanés, des participants qui se connectent en voiture, leur café à la main, à 8h30. Le présentiel s’est imposé dès que certains formats l’exigeaient, notamment les ateliers ludiques.
Nous ciblons également beaucoup les entrepreneurs du numérique. Les discussions portant sur l’impact écologique, les questions éthiques ou encore les chartes d’usage s’adressent particulièrement à eux, car nous considérons essentiel de favoriser des moments de réflexion entre celles et ceux qui utilisent l’IA, ceux qui la conçoivent, et ceux qui mobilisent l’IA pour créer des services destinés aux entreprises. »
3 : De manière plus générale, quel impact votre engagement dans les Cafés IA a-t-il eu sur votre communauté ?
« L’impact a été significatif, car Café IA nous a permis de nous inscrire dans un mouvement national. C’est précieux : nous découvrons des défis, des outils, des méthodes que nous n’aurions jamais testés autrement comme Aïe Aïe IA, que nous n’aurions sans doute pas identifié sans cela. À chaque échange avec les autres animateurs, nous repartons avec des notes, des ressources, des communautés à suivre. Ce sont des moments d’une grande richesse.
Localement, cette démarche a renforcé notre rôle d’acteur de référence : nous sommes sollicités pour co-organiser des cafés en médiathèque, à Mulhouse, ou pour transmettre nos méthodes. Parallèlement, Strasbourg est devenu extrêmement dynamique sur l’IA : festivals, colloques, start-ups, événements de toutes sortes. L’offre est désormais pléthorique. Nous percevons donc une évolution des besoins : davantage de pratique, de prévention, d’ateliers concrets. Dans certains domaines spécifiques, comme la scolarité, il existe déjà une forte demande d’ateliers pratiques pour comprendre des enjeux particuliers tels que la cybersécurité ou la prévention pour les jeunes. Plus que jamais, le besoin de propositions où l’on manipule les outils se fait sentir.
Café IA nous offre également une respiration essentielle : regarder ce qui se fait ailleurs, partager et ajuster notre propre démarche. C’est cela qui nous motive. »




